Back to blog

Fermeture sur la culture

Anthony
Fermeture sur la culture
Début juin 2026, la Cathédrale Notre-Dame de Paris a décidé seule de nouvelles restrictions sur l'entrée de l'édifice aux guides-conférenciers. A savoir l'obligation de s'équiper d'un système audio fourni par un tiers privé (d'ailleurs non averti de ces nouvelles règles) et de passer par un système de réservation payant et restrictif. Un peu de contexte. Notre-Dame était depuis sa réouverture aux guides avant l'été 2025 (réouverture publique en décembre 2024) l'un des seuls monument parisien visitable gratuitement, sans complication administrative, au sacrifice d'un peu d'attente.. Nombre de musées et monuments demandent aux guides de réserver leurs créneaux de visite, afin d'avoir une meilleure lecture de l'affluence et de son encadrement, logique implacable. Au prix de bugs informatiques et d'impossibilité d'accéder à ces dits créneaux, mais c'est une autre histoire. A priori, la démarche de la direction de Notre-Dame semble aller dans ce sens pour favoriser l'expérience spirituelle en son sein. Ce qui est difficilement contestable au vu de l'importance et de l'influence annuelle du monument, près de 13 millions de visiteur.euse.s. Ces dispositions vont favoriser, encore et toujours, les grosses machines touristique au profit du surtourisme et se détournent des préceptes dont la Cathédrale veut pourtant se détourner. Je m'explique : 1. L'utilisation des audiophones Les restrictions auditives sont en soi une bonne idée, quand bien même il suffirait d'autoriser les guides à utiliser leurs systèmes propres, permettant une meilleure ambiance sonore respectueuse. Ce nouveau système ajoute un intermédiaire, qui plus est un organisme privé, par ailleurs non alerté par ce nouveau système et ne disposant pas du matériel nécessaire. 2. La spoliation des créneaux de réservation Recourir à un énième système de réservation va créer une dynamique d’accaparement des créneaux par les grosses agences touristiques, seules détentrices de moyens financiers conséquents pour avancer une trésorerie, et espérer réservation de leurs tours sur les plateformes (Getyourguide, Tripadvisor, Headout, Viator..). Les indépendant.e.s ne pourront plus visiter Notre-Dame pour un petit groupe de dernière minute, faute de créneau, sinon d’anticiper 3 mois auparavant une hypothétique visite. Ce système est déjà rencontré au Musée des Catacombes de Paris (avec une réservation ouverte sur 3 mois maximum), encombré par les groupes d’agences qui ne laissent plus de chance aux guides indépendant.e.s. Puis, revendent les places à des prix exorbitants justifiés par une rareté auto-générée par ces mêmes agences. 3. Une charge sur les consommateur.ice.s In fine, ce genre de démarche retombe constamment dans les poches des consommateur.ice.s, modestes ou précaires. Les agences pourront toujours absorber ce surcoût (a priori 20€ pour un petit groupe), et les touristes aisé.e.s ne verront pas de différence. Les groupes plus modestes voulant visiter un monument iconique, rencontreront un énième frein. Surtout les publics français (parfois européen) dont on connaît les pressions constantes sur le pouvoir d’achat et ne pouvant s'aligner sur les prix pratiqués (calculés sur la base du pouvoir d'achat des touristes internationaux, majoritairement américain.e.s). 4. Un statut précaire encore plus concurrentiel Des informations mises à notre disposition, il semblerait que chaque agence ne dispose que de 30 créneaux par trimestre, soit 10 créneaux par mois. Plusieurs agences travaillent avec des dizaines de guides, comment vont-elles choisir lesquels prioriser ? Cette sélection vient s’ajouter à une concurrence déjà forte dans le secteur et ne va créer que de la compétition entre nous, au profit d’une solidarité déjà mise à rude épreuve avec les récents scandales de fraude. Ce système a déjà été envisagé l'an dernier lors de la réouverture. Résultat, une poignée d'agences s'est accaparée les créneaux de visites, parfois sans réussir à remplir leurs tours et finissant blacklistées par la cathédrale. Un tel système restrictif ne va faire qu'engendrer des contournements de la part des agences (utilisation de bots probable ?), voire des risques pris par certain.e.s collègues poussé.e.s potentiellement à mener une visite guidée sans carte professionnelle apparente, par crainte de ne pas retrouver d'équilibre financier. À titre de comparaison sur le mois de mai, Notre-Dame a représenté pour moi 10 visites sur 33 visites, pour ce mois de juin 11 visites sur 36. Les conséquences financières sont réelles. 5. Aucune vision sur le long-terme Pourtant gage de stabilité, la direction de Notre-Dame a préféré s'écarter d'une concertation sur le long terme en usant d'annonces court-termistes et de dernière minute. Pour une communication annoncée le 10 juin 2026, de nouvelles règles appliquées au 1er juillet sont irrespectueuses du statut précaire indépendant de beaucoup d'entre nous, à la merci de la moindre déstabilisation. Notre-Dame rejoint donc le Louvre et les Catacombes dans leur logique d'envolement des prix et de privatisation du secteur, logique néolibérale assez courante. Ce genre de démarche explique pourquoi les visites guidées se referment de plus en plus vers des publics privilégiés et ne répond pas aux problèmes posés par le surtourisme. Conclusion, la meilleure volonté du monde se confrontera toujours à des logiques de marché. Quel avenir pour mon initiative de prix libre dans ce monde ci ?