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Le prix libre

Anthony
Le prix libre
Tout guide est confronté à un choix au moment de créer son activité : à qui s'adresser ? Bien souvent la pratique de langues conditionne ce choix. La langue anglaise, internationale, permet plus d'opportunités et de capter un public plus large. Idéal pour se vendre auprès des tours opérators et remplir son calendrier. Un public international et/ou européen a les moyens de voyager et ne regarde pas en priorité le prix pour une visite guidée (en écrasante majorité). La logique de l'industrie veut que l'agence avec les meilleurs avis, les tours les plus attractifs et les options les plus intéressantes (comme le fait de jouir d'accès réservés pour éviter l'attente) dominent le marché. La culture se consomme et s'apprécie moins. À combien se comptent mes tours au musée du Louvre qui ne résume qu'à une checklist ✅ ? Heureusement, la majorité des clients sont aussi là pour entendre et apprendre mais la tentation économique est grande de se tourner exclusivement vers ce type de public. Cependant, un risque est présent. Celui de voir le monde culturel se replier sur un public aisé et privilégié, ayant les moyens de s'offrir une visite guidée privée. Ici encore, c'est une logique de marché et de compétitivité. Les prix sont tirés vers le haut, alignés sur le pouvoir d'achat d'un public international et n'incite pas à proposer des prix abordables. Le public francophone est moins habitué à la pratique de la visite guidée et ces dérives n'aident pas. C'est en cela que réside la double logique du prix libre. D'une part, éviter (sinon la ralentir) la fermeture de la pratique de la visite guidée à un public économiquement conquis. En bref, qui peut se le permettre sans être trop regardant. D'autre part, d'empêcher de n'attirer qu'un public acquis, aisé, et favoriser une non mixité culturelle. C'est d'éviter tant que se peut les mécanismes de reproduction sociale (Pierre Bourdieu). En bref, ouvrir les portes de la culture, du patrimoine, de l'art et de l'histoire à des publics a priori éloignés. Cette initiative ne pourra toutefois pas lutter contre des inerties sociologiques héritées. Il existe une autre limite à cette démarche. Inévitablement, elle est d'ordre financier. Ce modèle n'est pas soutenable économiquement, du moins en début de carrière avec une carnet de contacts restreint. Un travail devra sans doutes être fait pour "se faire connaître" auprès des entreprises, des collectivités, des centres culturels, des associations, des particulier.e.s. Pour exister, il doit fatalement cohabiter avec le modèle dominant que j'évoquais plus haut. Du moins, en date du 16 février 2026, c'est la forme qui m'apparaît comme la plus évidente. À savoir s'assurer un revenu avec un marché rémunérateur et d'utiliser cette aisance financière pour permettre cette démarche de prix libre, plus risquée et par essence moins rémunératrice. Une autre solution chercherait à pratiquer des prix justes et fixes (donc sortir de cette logique de prix libre) pour tous.tes, et ne pas dépendre du tourisme international. C'est en quelques sortes passer de mon modèle actuel international/local (+ rémunérateur), pour un modèle de dépendance au tourisme local plus vertueux (- rémunérateur). Reste que des logiques économiques sortant du cadre de l'individu sont en jeu, comme par exemple les pressions sur le parc immobilier parisien, la hausse des loyers, la hausse des prix et le mode de vie. Ma démarche apparaît ici comme un pansement et profite d'un système en place et opérant des pressions sur les villes (ex : le surtourisme à Barcelone), les populations (ex : gentrification des centres urbains en favorisant des appartements locatifs plus rentables) et l'environnement (ex : le mode de transport représente 49% des émissions de carbone du monde touristique, et dans un cadre international l'avion est le mode de transport le plus pressurisant sur les écosystèmes). Elle me paraît en revanche nécessaire pour limiter un maximum la reproduction de ce système, mais ne saura pas effacer des réalités sociologiques et environnementales.